Au Creux Des Tambourins 

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Pendant que le lion déchire la peau des gazelles
Des crânes de cristal dévalent les pentes de minéraux phosphores

Pendant que les yeux des alligators flottent sur des eaux vertes

Des fèves de cacao glissent sur les monts venteux de soufre

Sédiments de café

Terre noire

Pierres poudrées

Pendant qu’une île de sel saupoudre le nid du paille-en-queue

Des crânes de sucre dévalent les lignes là sur ma main ouverte

Pendant que le yéti griffe la neige des montagnes limpides

Des crânes de lave se reforment dans des forêts pétrifiées

Sédiments de café

Terre noire

Pierres poudrées

De longs jeux électroniques hypnotiques Etourdissent ma raison incertaine
Un long rayon vert me traverse
Des monstrueuses colonnes
Des abysses des ennemis
Des ponts s’effondrent
Je perds des vies
Game over
Me stop
Press
Ok
Fire
New skin
Flingue-moi
Rejouer encore
Trajectoires de feux
Il me reste de l’énergie
Combat de pixels magiques Distorsions cinétiques de l’espace Ralentis bouleversants d’apesanteur

  

Des cascades de larmes
Fondent commes des armes

Sur les bras des junkies

Juchés sur des autels de cris
Je livre ce poème aux non-anges
Aux diaboliques, aux sulfureux
Qui ont laissé toutes leurs larmes
Sécher sur la grève du basalte
Des volcans en rut sur des îles lointaines
Un tatouage comme unique rivage
Deux ailes de poissons recouverts de

Tipaniers aux cœurs ensanglantés
Dans une eau d’encre délavée
J’ai lavé mes pieds dans le lagon du diable
Qui m’a promis en échange l’éternel quoi ?
Des cascades d’écume me nouent la gorge Dans un silence figé où l’Homme-Oiseau
Ne peut plus s’envoler mes larmes ont séché
Et se sont glacées sur l’unique iceberg
Que peut contenir la mer
Un point de fuite enneigé
De la grêle de rosée
Pour le petit déjeuner

Vérité des sommets

Vaines vanités

Voies du riz rouge

Vaste volupté

Vallées des chamanes

Chut silence !

Volubiles cachées

Favelas des sommets

Feux fougueux

Falaise de malaises

Foie ferreux

Frauduleuse finitude

Chut silence !

Folie couchée

Cimes des arbres brûlés

Soufre soufflé

Souffrantes offrandes

Singes sonores

Saisie d’or et rubis

Chut silence !


Goût crayeux

Soldats salis d’insignes

Sourds sauvetages

Feintes de nirvana

Sel désertique

Cygnes des vanités

Chut silence !

Goût terreux

Textes extraits de Au Creux Des Tambourins, 2014, édition tirée à vingt exemplaire sérigraphie sur Fabriano et calque, acier galvanisé